Le nouveau dĂ©cret n° 2022-896 du 16 juin 2022 modifiant les modalitĂ©s de recrutement, de rĂ©munĂ©ration et de gestion des personnels des Ă©tablissements d’enseignement français Ă l’Ă©tranger vient de paraĂźtre (
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT00004592467). Il nous semble nĂ©cessaire d’en faire une lecture attentive pour essayer de comprendre, au mieux, ce que texte va changer.
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1. Ă quels changements doit-on s’attendre avec ce nouveau dĂ©cret ?
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Tout d’abord, il faut savoir que les dispositions de ce nouveau dĂ©cret ne s’appliquent pas immĂ©diatement au fonctionnaire actuellement en poste Ă l’Ă©tranger. En effet,Â
tant que le fonctionnaire ne fait pas usage de son droit d’option, ce nouveau dĂ©cret ne change rien Ă la situation de l’agent « rĂ©sident » ou « expatrié » qui a conclu, « antĂ©rieurement Ă l’entrĂ©e en vigueur » de ce nouveau dĂ©cret, avec l’AEFE, « un contrat ». L’agent dans cette situation restera soumis aux dispositions rĂ©glementaires de son contrat antĂ©rieur, bien que ces dispositions soient trĂšs « problĂ©matiques » au regard duÂ
jugement du 15 mai 2020 qui condamne l’AEFE.
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L’agent, actuellement en poste, dispose, par ce nouveau dĂ©cret, d’un droit d’option : il pourra choisir d’accepter le nouveau contrat proposĂ© par l’AEFE ou de conserver le bĂ©nĂ©fice de son contrat antĂ©rieur. Ce droit d’option sera ouvert du 30 juin 2022 au 30 juin 2023. L’agent devra exercer son droit d’option par un Ă©crit, datĂ© et signĂ©, remis en mains propres contre signature auprĂšs de son chef d’Ă©tablissement. L’absence de choix formulĂ© expressĂ©ment dans le dĂ©lai imparti aura valeur d’accord pour le nouveau contrat proposĂ© par l’AEFE.
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Alors… Que change ce nouveau dĂ©cret ?
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Ce nouveau dĂ©cret vient de crĂ©er trois catĂ©gories dâemplois parmi les personnels dĂ©tachĂ©s auprĂšs de l’AEFE :
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1° Emplois d’encadrement.
2° Emplois de formation des enseignants du rĂ©seau de l’enseignement français Ă l’Ă©tranger.
3° Emplois d’enseignement, d’Ă©ducation et d’administration.
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Les deux premiĂšres catĂ©gories d’emplois correspondent aux personnels « expatriĂ©s » actuels. Pour le moment, nous n’entrerons pas dans le dĂ©tail de ce qui change pour les « expatriĂ©s », mais une chose est certaine : si le mot « expatrié » a bien disparu du nouveau dĂ©cret, la notion d’expatriation, quant Ă elle, est encore bien prĂ©sente dans le texte.
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VoilĂ , pour mĂ©moire, un rappel extrait duÂ
jugement de 15 mai 2020Â qui condamne l’AEFE au sujet de l’expatriation :
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Au demeurant, la reconnaissance du statut de « personnel expatrié » n’est pas liĂ©e Ă la nature et au niveau des fonctions exercĂ©es par le fonctionnaire concernĂ© mais Ă la constatation effective que, quel que soit le niveau et la nature des fonctions qu’il exerce, il a Ă©tĂ© recrutĂ© en France pour exercer Ă l’Ă©tranger.
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En rĂ©alitĂ©, on le comprend bien, quelle que soit la catĂ©gorie d’emploi Ă laquelle un fonctionnaire sera associĂ© avec ce nouveau dĂ©cret, dĂšs lors que cet agent de l’Ătat exercera Ă l’Ă©tranger, il devrait ĂȘtre considĂ©rĂ©Â
juridiquement comme un « expatrié ».Â
La distinction Ă©tablie, par ce nouveau dĂ©cret, quant Ă la nature des fonctions exercĂ©es, n’a pas de fondement juridique solide et elle a mĂȘme Ă©tĂ© condamnĂ©e par la justice. â Un recours en justice, pour faire reconnaĂźtre ce prĂ©judice que nous subissons depuis des annĂ©es,
sera Ă©valuĂ© par l’avocat-conseil du SNALC.
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Pour ce qui est de la troisiĂšme catĂ©gorie, celle des « emplois d’enseignement, d’Ă©ducation et d’administration », elle a au moins le mĂ©rite de supprimer le statut de « rĂ©sident », juridiquement infondĂ© et profondĂ©ment inĂ©galitaire. Elle supprime aussi une situation illĂ©gale : le fonctionnaire « rĂ©sident » du dĂ©cret de 2002 a, trĂšs souvent, Ă©tĂ© un « faux rĂ©sident ». Par ailleurs, son recrutement diffĂ©rĂ© par l’Ătat via l’AEFE, aprĂšs 3 mois de travail sous un contrat local, Ă©tait un vĂ©ritable dĂ©tournement de procĂ©dure. Beaucoup d’entre nous ont Ă©tĂ© contraints de demander une mise en disponibilitĂ©, avant d’obtenir un poste de « rĂ©sident » par cette procĂ©dure illĂ©gale.
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Pour autant, ce nouveau dĂ©cret n’offre pas une assise juridique beaucoup plus stable ni plus Ă©galitaire entre les fonctionnaires dĂ©tachĂ©s auprĂšs de l’AEFE : le recrutement d’agents de l’Ătat de mĂȘme catĂ©gorie (A, B ou C) ne devrait pas conduire Ă des diffĂ©rences de traitement entre ces fonctionnaires. Or, avec ce nouveau dĂ©cret, certaines inĂ©galitĂ©s perdurent :Â
- IndemnitĂ© gĂ©ographique et de fonctions spĂ©cifiques Vs indemnitĂ© compensatrice des conditions de vie locale [personnels d’enseignement…].
- Majoration familiale [personnels d’encadrement et de formation] Vs Avantage familial [personnels d’enseignement…].Â
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D’autres inĂ©galitĂ©s ont Ă©tĂ© rĂ©duites :
- Les frais de voyage et de changement de rĂ©sidence de tous les agents de l’Ătat sont maintenant pris en charge. Question : pourquoi le dĂ©cret n°86-416 du 12 mars 1986 n’Ă©tait-il appliquĂ© qu’aux seuls agents de l’Ătat identifiĂ©s par l’AEFE comme des « expatriĂ©s » alors que les personnels « rĂ©sidents » sont aussi des agents civils de l’Ătat exerçant Ă l’Ă©tranger ?
- Tout agent pourra demander, avant son dĂ©part, une avance sur salaire, au plus, Ă©gale au montant mensuel de ses Ă©moluments Ă l’Ă©tranger. Une autre avance de mĂȘme nature pourra lui ĂȘtre allouĂ©e dĂšs son arrivĂ©e en poste.
- Les personnels enseignants du premier degrĂ© pourront bĂ©nĂ©ficier de l’indemnitĂ© de suivi et d’accompagnement des Ă©lĂšves.
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D’autres points rĂ©clament des prĂ©cisions, notamment la participation des personnels de la troisiĂšme catĂ©gorie (emplois d’enseignement, d’Ă©ducation et d’administration) Ă des activitĂ©s de formation et de recrutement.
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2. Une baisse des primes au-delà de cinq années de résidence ?
- Dans le nouveau dĂ©cret, la rĂ©duction Ă laquelle il est fait rĂ©fĂ©rence concerne les anciens expatriĂ©s qui sont maintenant identifiĂ©s par deux nouvelles dĂ©signations « catĂ©gorielles » : « personnels recrutĂ©s sur des emplois d’encadrement » et « personnels recrutĂ©s sur des emplois de formation des enseignants du rĂ©seau de l’enseignement français Ă l’Ă©tranger ».
- Dans le dĂ©cret 2002-22 (prĂ©cĂ©dent), le montant de l’indemnitĂ© d’expatriation variait en fonction de la durĂ©e des services continus dans une mĂȘme localitĂ© d’affectation. Le montant de l’indemnitĂ© d’expatriation Ă©tait rĂ©duit au-delĂ de six annĂ©es rĂ©volues (de 25 %), au-delĂ de neuf annĂ©es rĂ©volues (de 55 %) et au-delĂ de douze annĂ©es rĂ©volues (de 85 %).
- Avec ce nouveau dĂ©cret, le nom de l’indemnitĂ© a changĂ©, elle est appelĂ©e « indemnitĂ© gĂ©ographique et de fonctions spĂ©cifiques » et son montant varie en fonction de la durĂ©e des services continus dans une mĂȘme localitĂ© d’affectation : au-delĂ de cinq annĂ©es rĂ©volues (de 25 %), au-delĂ de huit annĂ©es rĂ©volues (de 55 %) et au-delĂ de dix annĂ©es rĂ©volues (de 85 %).
- Cette disposition ne concerne pas la troisiĂšme catĂ©gorie, les emplois d’enseignement, d’Ă©ducation et d’administration.
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3. La disposition concernant les deux contrats maximum de trois ans est-elle maintenue ?
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